Zoku’o Gbëli

Zoku’o Gbëli (1835 – 1912)-Guerrier, Stratège et homme politique Bété

Nul n’a marqué l’histoire précoloniale de Daloa autant que le guerrier Zoku’o Gbëli. En mars 1902, il a accordé une large hospitalité à Georges Thomann, commandant de cercle de Sassandra, en mission d’exploration en pays Bété. En février 1905, le lieutenant Pierre, le Dr Combe et Gustave Gateuril (Gatehi pour les Bété) ont séjourné chez lui. Lorsque Gateuil crée le poste de Daloa en 1905, Zoku’o Gbeli espérait se servir des balances pour consolider son pouvoir. Mais comme leur présence se prolongeait et qu’ils deviennaient de plus en plus exigeants et arrogants, le Galebhai (natif de Galebha) appela les Bété à l’insurrection en 1906 et 1907. Arrêté le 14 octobre 1911 pour rébellion et agitation, Zoku’o Gbëli est déporté à Zuénoula ou il mourut le 15 avril 1912.

Les fondements du pouvoir de Zoku’o Gbëli 
La société Bété a été fortement transformée au milieu du XIXème siècle par les échanges commerciaux en direction du nord. Gbëli a eu le mérite d’exploiter les conditions d’intégration politique de la région. Son pouvoir était fondé sur quatre grandes bases, religieuses, militaires, économiques et politiques.

Le fondement religieux
Selon le Yakasanyo Drei’e Dogbo (son griot traditionnel), Zoku’o Gbëli accéda très tôt au pouvoir grâce à un don magique. Dans son adolescence il préférait sa propre cuisine. Tous les jours, après le repas du soir, il épluchait des bananes et déposait une barre de sel parmi les peaux de banane avant de se coucher. Les moutons et cabris du village se bousculent chez lui pour manger de belles peaux de bananes et sucer le sel à satiété. Un jour, de retour des champs, Zoku’o Gbëli surpris les moutons et cabris en pleine conversation, au détour du chemin. Ce soir, disaient-ils : « rendons-nous tous au domicile de Zoku’o Gbëli pour nous régaler, ce Zoku’o Gbëli qu’on croit imbécile règnera. Il mourra dans la gloire. Son heure arrive. Dans trois jours une guerre va opposer Zakawa, ses parents maternels et Gbëtitapea. Son oncle, le richissime Zako Tapê Duwole en mourra. S’il y consent et prend en héritage une génisse, il règnera. Il mourra dans la gloire ». Ainsi dit, ainsi fait. Il vengea la mort de son oncle en tuant le guerrier en chef des Gbëtitapea, Bolu’o You. Il épousa Nêmê Zele’ê Ceakwa de Sable, la plus prestigieuse des veuves. La génisse qu’il eut en héritage mis bas deux veaux par portée. Tous les villages de Daloa le sollicitèrent pour faire la guerre moyennant un bœuf et une femme par combat. Il devint alors très riche et très célèbre. Le courage et la valeur militaire avaient favorisé la renommée de Zoku’o Gbëli.

Le chef Zoku’o Gbëli et sa famille, photo datant du 5 mars 1902

Le fondement militaire
La guerre était liée à l’idéologie sociale Bété parce qu’elle était perçue comme une activité normale détenant le monopole de la sécurité tellement indispensable. Le Kalekalenyo (Guerrier) devint un personnage central de la société Bété. La fonction de protection avait d’étroits rapports avec la problématique du pouvoir. Le chef était celui qui était capable d’assurer la protection en échange d’une allégeance à sa personne. Zoku’o Gbëli remplissait bien cette condition. A vingt ans, il tua le redoutable guerrier Boluo You de Gbëtitapea-golo, met en déroute les Gbëtitapea et tue un Zugloyi (Natif de la tribu de Zuglo) qui avait enlevé la femme de son père. Il guerroyait partout à l’appel des populations et s’impose comme guerrier en chef de Galebha. A ce titre, il était le dépositaire du tam-tam de guerre de sa tribu, Asakpa Klakpa, symbole du pouvoir. Le pouvoir militaire ne pouvait à lui seul conférer une notoriété politique considérable, la fortune y contribue également.

 

Le fondement économique
La richesse avait facilité l’accès au pouvoir de Zoku’o Gbëli parce qu’elle lui confère les moyens de manifester son rang par les libéralités, les dons, les fêtes. Dans la société Bété, le chef était celui qui donne et non celui qui économise. Zoku’o Gbëli était très riche. Il avait de nombreux troupeaux de bœufs car au terme d’un contrat tacite, on lui offrait une femme et un bœuf par combat qu’il livrait sur demande. Il avait cinquante épouses parmi lesquelles d’éminentes commerçantes. La richesse en pays Bété incluait les éléments matériels comme les bœufs, les Wulugwi, pagnes, etc., et les producteurs : les femmes, les dépendants et les Yulugwie (femmes qui jouit de beaucoup de prérogatives). Possédant d’énormes atouts, le richissime Zoku’o Gbëli était aussi un politique doué.

 

Fondement politique
Beaucoup de Kalekalengwa s’intéressaient peu aux affaires publiques en dehors de la guerre. Il en était ainsi de Kiple Bado et de Sapia-golo. Mais Zoku’o Gbëli était d’une carrure différente. Chef de droit de Gbëli Gbë village qu’il avait créée à la fin du XIXème et possédant un ascendant naturel, son autorité n’avait jamais été contestée. « Ngo ô kabha » disaient nos informateurs ; Ce qui signifie : « il a la bouche, il a de l’autorité». Zoku’o Gbëli était réputé pour son dabhli (ruse). C’était un habile diplomate : « Gbë nyininyo dahli ô kabha » disait-il ; ce qui signifie « le chef de la cité doit être rusé ». Il pratiquait admirablement cette idéologie politique, gage de sa notoriété. Il était tantôt dur, tantôt conciliant selon les circonstances ; lors des deux insurrections contre les Français, il fit preuve d’une maîtrise politique, alliant diplomatie et violence, telle qu’il déroute le chef de poste et même les Bété. Les justiciable recouraient à lui en raison de son impartialité et de sa poigne ; il appliquait avec rigueur les décisions qu’il prenait. Riche, courageux et brave, il avait des moyens d’imposer son autorité et tenta d’unifier le Zêblé.

 

La cour de Zoku’o Gbëli
Zoku’o Gbëli portait une tenue dépouille. Il n’était pas constellé d’attributs fastueux, mais était toujours vêtu d’un pagne blanc autour des reins, coiffé d’une serviette blanche et son abord simple. Même s’il ne recevait aucun visiteur à l’improviste, à Sakpa Klalpa, l’insigne de son pouvoir guerrier, trônait toujours au premier rang à ses coté, de même que le Yakasanyo (le griot traditionnel) prêt à exalter de sa voix ou du cor. Le joueur de Tigblakwa, préposé à l’information, ne le quittait presque jamais. Une garde d’honneur de guerriers et d’autres dignitaires veillaient sur la cour chaque jour. Nêmê Zele’ê Ceakwa et Seli’e Zêgblegba, ses épouses favorites prenaient place autour de lui pendant qu’il accordait ses nombreuses audiences privées et publiques.

 

Le conseil de gouvernement
Le conseil de gouvernement était composé de personnalité civiles et militaires préposées à diverses fonctions :
– Le Lêta (Etat-major) effectue des missions à l’intérieur et à l’extérieur, Gbuaglé ê Kukunyo et Cebhlo Daloa, les plus proches collaborateurs du Chef Gbëli, faisait office de gardes du corps et représentants personnels. Les autres membres les plus connus étaient SELI’E Zoku, Gbai’e Nyamê, Taglo’o Glogwie, Bebe Digbë Seli, Kano Bayi…
– Le Yakasanyo était le conseiller civil et confident de Zoku’o Gbëli. il était aussi le légiste et l’encadreur idéologique. Geï Zozo assumait cette haute fonction.
– Le Gbë gba Köbhanyo (sacrificateur) était responsable du domaine religieux sacré ; il veillait au respect des interdits collectifs et Zoku’o Gbëli le consultait avant toute décision importante comme une déclaration de guerre.
– Le Yêbhêsanyo, à la fois traditionaliste et artiste tambourineur, diffusait les informations quotidiennes et récitait les devises du chef Gbëli et des autres dignitaires.
– Le Wozewozenyo (crieur) était chargé de la diffusion des nouvelles concernant directement le village.
Les réunions du conseil étaient publiques ou secrètes, les décisions prises lors des réunions étaient à l’unanimité.

 

Le stratège
Zoku’o Gbëli à l’ origine était le chef institutionnel de Galegha. Il étendit peu à peu son autorité sur Zêblé et une partie du Ghalo. Il apporta deux innovations à la technique guerrière. La première accordait moins d’importance à la hardiesse et à la témérité, déterminantes par le passé. Gbëli proclamait plutôt la primauté de la tactique : « Kaleyanyo na Zuzo bhënô pa bha » ce qui signifie « le guerrier doit se camoufler avant de tirer ». Privilégiant l’imagination, il excellait dans les feintes, les pièges. Il préparait ses combats par la propagande, les renseignements et l’intimidation. La seconde était apparemment simple. Il réussit à pallier la lenteur du chargement du fusil à pierre en disposant en permanence de deux fusils. Son fidèle compagnon Gbuaglé ê Kukunyo, pièce maîtresse de sa stratégie, ne le quittait presque jamais. C’est lui qui chargeait les fusils, lui permettant ainsi de réussir l’exploit de tirer deux coups successifs. Ses ambitions étaient accrues au fil de ses victoires. Il ne se contentait plus de se battre uniquement pour sa tribu, mais volait désormais au secours des populations qui le sollicitaient de partout. Il combattait ainsi pour les Zebouo et les Gbalongwa. Cet interventionnisme était inédit dans la région.

Le justicier
Le Zêblê était réparti en circonscriptions judiciaires indépendantes correspondant aux dikpï (tribu). Il y avait en tout six juridictions. Zoku’o Gbëli introduisit deux innovations dans ce système : la centralisation et la rigueur. Essayant d’instaurer une super juridiction pour l’ensemble du Zêblé, il rendait la justice dans n’importe quelle tribu. Il se rendait dans les villages à la demande des justiciables où il jugeait avec autorité les affaires que les justiciables ne portaient pas à sa connaissance. Il imposait les décisions de ses jugements et au besoin par la force. La majorité des Zebuo l’approuvaient, parce qu’il était intègre et rigoureux et défendait surtout les plus faibles. Il disposait d’un réseau de renseignements assez efficaces. Aucune situation du Zêblê et de la sous-région ne lui échappait.

Les relations extérieures

          

Georges Thomann (1872-1943)
explorateur et un administrateur colonial français. Fondateur du Cercle de Sassandra, Côte d’Ivoire
Entrée fortifiée de Gbëli le village de Zoku’o Gbëli Une rue du village de Zoku’o Gbëli où Geoges Thomann a séjourné

Zoku’o Gbëli n’ignorait pas l’interférence de la politique et du commerce dans ses relations avec le nord, rival de la région de Daloa. La sécurité et la bonne entente avec ses voisins, ceux du Nord en particulier, étaient les deux axes de sa politique extérieur. Il réservait le meilleur accueil aux étrangers de passage à Lobea-golo. Grâce à sa disponibilité et à sa politique de bon voisinage, Geoges Thomann mène à terme sa mission d’exploration en 1902, en dépit du lourd contentieux qui opposaient les Français aux populations du Nord. Le détachement Morceau avait massacré les Gouro et les Godê de Béoumi et Gbëli le savait. Il était au courant des menaces qui pèsent sur la souveraineté des peuples ivoiriens. Recevant Thomann pour la première fois en 1902, il lui dit « S’il faut croire les gens du Nord, les Blancs font toujours la guerre. » Combien de Bété de Daloa, pouvaient se vanter d’être aussi informés que lui? Il sollicita la création du poste de Daloa en 1902 dans l’espoir d’accroître son leadership dans la région. «Zoku’o Gbëli est un chef de grande envergure. Son nom est même connu dans les contrées limitrophes de celles relevant directement de son autorité», écrivit le capitaine Bouvet en 1908. Avant la création du poste de Daloa en 1902, Gbëli était le principal hôte des Blancs dans la région. Les français qui s’appuyaient sur les chefs indigènes influents pendant la période d’implantation du pouvoir colonial s’étaient installés à Daloa avec sa bénédiction en 1905. Mais le chef Bété ne se faisait aucune illusion après trois ans de contact avec les Blancs. Il savait que la cohabitation effective avec ses hôtes serait difficile.

La résistance
La Côte d’ivoire est en principe une colonie française depuis 1893 et Daloa fait nominalement partie du cercle de Sassandra dès 1895. Dans la logique coloniale, la création du poste de Daloa était un processus normal. Mais n’ayant jamais négocié l’abandon de l’indépendance Bété, Zoku’o Gbëli et les Bété n’acceptaient pas le fait accompli. Thomann, le chef du cercle de Sassandra, n’ayant pas rencontré d’hostilité lors de l’exploration du pays Bété en 1902, les Blancs déguisèrent donc une absence totale d’opposition. De son Coté Zoku’o Gbëli s’attendait uniquement à l’établissement de contacts commerciaux avec les Blancs. Il espérait que son village serait une étape obligée du trafic nord-sud et que ses hôtes quitteraient le pays. Les Bété ne s’étaient pas disposés à perdre leur indépendance. Ils avaient beaucoup de griefs contre le « hôtes » de Gbëli qu’ils ne supportaient plus. Les miliciens débauchaient les femmes et les jeunes filles au mépris de la coutume Bété. Lacina Diaby était l’amant d’une des favorites de Zoku’o Gbëli. Les conditions de soumission des indigènes, en l’occurrence les diverses prestations et l’impôt de capitation, étaient intolérable pour les Bété. Ils sont exaspérés par les crimes des colons qui tuaient par plaisir. Les répressions sauvages effectuées contre les Ngwadawie en 1903 et 1904 ainsi que les exécutions sommaires finissèrent par cristalliser la résistance Bété. Bien que nommé président du tribunal coutumier en 1906, et jouissant de réelles prérogatives, Zoku’o Gbëli se savait condamner à terme : ou bien il chasse les blancs ou bien il était éliminé. Il décida de les attaquer. Le milicien Moussa Sangaré marié à une Bété, était préposé au ravitaillement du poste en vivre. Le 18 septembre 1906 il se rendit à Dudua-golo, non loin du poste pour demander des vivres et exiger un porteur au chef du village. Après de laborieuses tractations, Zekle’ê Laba, le banyo (Apollon, personnage officiel et respecté) du village, porta sa charge au poste. Mais il n’en revint jamais (il avait certainement été envoyé à l’école à Issia en tout cas il ne revit plus jamais son village). Une semaine plus tard, Moussa Sangaré était à nouveau à Dudua-golo dans le cadre se sa mission, sans Zekle’ê Laba. Les Dudua décidèrent de le punir, en lui versant de la cendre chaude sur la tête et en le rouant de coups. Méconnaissable, il quitta le village en menaçant de le faire raser. Les Dudua qui se souvenaient des massacres perpétré contre le Ngwadawie en 1903 et en 1905, prennèrent à cœur la menace de Moussa qui avait donné une version erronée de l’incident au capitaine Bouvet pour une déclaration de guerre. Le guerrier en chef de Duduo-golo, Gbogu’o Ngönayi, pressentant la gravité de la confrontation, alerta Zoku’o Gbëli. Le dabhlikanyo (le rusé) Zohu’o Gbëli se rendit le même soir au poste où il eu plusieurs entretiens très importants. Il apprit notamment qu’Emile Lecoeur, le jeune commis aux affaires indigènes, impulsif et violent, devait se rendre le lendemain en mission à Dudua-golo. L’information est précieuse pour les Bété. Grace à Zoku’o Gbëli, ils n’avaient pas été pris au dépourvu.

L’attaque
La même nuit avait lieu un conseil de guerre présidé par Zoku’o Gbëli. Il arrêta un plan de combat. La mobilisation générale fut décrétée au niveau des villages Sabwa et Galebha. Le 26 septembre 1906 dès 6 heures du matin Emile Lecoeur surnommé Bêbêko (pâte à piment) par les Bété à cause de sa violence, se rendit à Dudua-golo escorté de dix miliciens bien armés, sans ne se douter de rien. Les guerriers Sabwa s’étaient embusqués le long du chemin avec l’ordre de ne pas tirer sur l’escorte pour l’attirer dans le piège. Ainsi Emile Lecoeur et sa suit arrivèrent devant la porte du village bien gardé par des guerrier camouflés. Dès qu’il descendit de son hamac, il fut abattu à bout portant par, Gbogu’o Ngönayi qui cria sa devise « Zadia Klugbia ». Le milicien Baba N’Dao fut aussi tué. Alama Wattara et les autres rescapés réussirent à gagner tant bien que mal le poste par la brousse. Alerté, le Capitaine Bouvet décida de se rendre à Dudua-golo afin de ramener Lecoeur qu’il croyait simplement blessé. Il trouve sur son chemin cinq à six cent guerriers Labea et Zokua armés, attendant l’heure de l’offensive devant leurs villages respectifs. Ils furent rejoints par quatre cents guerriers labea bien disciplinés. Il tenta de les désolidariser des Sabwa en prétextant que le conflit ne concernait que les deux villages insurgés. Peine perdue, dès qu’il essaye de poursuivre son chemin les coups de feu des Sabwa sifflèrent au dessus de sa tête. Un milicien de son escorte fut mortellement atteint. Alors Bouvet battit en retraite tandis que les milliers de guerriers Galebhangwa attendaient toujours l’ordre de Zoku’o Gbëli. De retour au poste, Bouvet convoqua Zoku’o Gbëli qu’il espèrait manipuler. Insistant sur sa neutralité, il lui remit des médicaments et deux cartouches destinés à Lecoeur qu’il croyait toujours en vie. Zoku’o Gbëli accepta le paquet de médicaments mais refusa de prendre les cartouches. Vers 13 heures, il renvoya le paquet de médicament à Bouvet et donna l’ordre de l’assaut général. Plus d’un millier de Guerriers assiégèrent le poste français admirablement défendu. Vers 17 heures Duabhu Kosigwenyo (qui veut dire guerrier nom donné à Zoku’o Gbëli) ordonna d’incendier le poste afin d’économiser la poudre que les Bété se procuraient difficilement après la suppression des marché traditionnels de Daloa. Tous les bâtiments furent consumés à l’exception d’une seule habitation à un étage où les huit rescapés s’étaient réfugiés. Pour en finir avec la force d’occupation, les Bété voulaient incendier ce dernier bâtiment. Mais Zoku’o Gbëli les en empêcha, estimant que c’était le dépôt de cartouches dont ils avaient besoin pour poursuivre la lutte, puisque la garnison de Daloa n’avait que quelques dizaines de cartouches en tout. Après l’incendie du poste, les Bété firent son blocus. Ses principales voies étaient obstruées par des troncs d’arbres afin d’empêcher le renfort attendu du capitaine Schiffer. Le commandant de cercle arriva vers 18 heures avec vingt miliciens bien armés. Il effectua un raid meurtriers parmi les Bété et tua Bête Digë Seli et Taglo’o Glogwie, deux lieutenants de Gbëli. La répression fut durement menée par deux colonnes françaises dépêchées dans la région.

Pour consolider la trêve qui suivit, les autorités coloniales proposèrent à Zoku’o Gbëli de convoquer une conférence de la paix à laquelle participeraient tous les chefs Zebouo et Gbalongwa. Cette conférence eut lieu à Gbëtitapea-golo le 30 octobre 1907 à la demande de Gbëli. Il profita de la préparation de ce grand rassemblement pour prêcher « l’union sacrée » de tous les Bété et fomenter un second soulèvement. Après avoir mis tout le dispositif en place, de concert avec Göde’ê Bogwie, il se fit représenter le jour de la conférence par son fils Twali (qui signifie « je mange la guerre » ou « je vis de la guerre ») et son frère Zoku’o Kolê. Il décida de diriger un deuxième siège du poste pendant que Göde’ê Bogwie attaquerait le détachement français. Le piège réussit parfaitement. Le détachement français fut presque entièrement décimé (Treize morts et blessés graves) et le lieutenant Adrien Hutin fut lui-même abattu par Kagböngono Kolê de Bla-golo ; le poste de Daloa est attaqué et incendié. La manœuvre de Zoku’o Gbëli a bien réussi.

L’arrestation et la déportation

Gabriel Louis Angoulvant (1872-1932)

Administrateur colonial français

La répression française fut rigoureuse. Les colonnes Betseller et Metz, fortes de plus de mille tirailleurs, réprimèrent sauvagement les Bété sans distinction. Les villages Sabwa et Galebwa furent rasés ; tous les principaux guerriers de Daloa furent tués. Angoulvant, gouverneur de la colonie, voulut réduire toute opposition à la présence française. Il ordonna aux chefs de poste d’incarcérer ou de déporter tous les résistants. Le capitaine Chambert, commandant le cercle de Daloa, décida d’arrêter Zoku’o Gbëli le 4 Octobre 1911. Déporté à Zuénoula où il mourrut le 15 avril 1912.

Chronologie synoptique
Date Évènements importants
1835 Naissance de Zoku’o Gbëli
1855 Avènement de Zoku’o Gbëli
1902 Zoku’o Gbëli reçoit Georges Thomann commandant le cercle de Sassandra en mission d’exploration en pays Bété
1905 Le lieutenant Pierre, le Dr. Combe et Gustave Gateuil séjourne chez Zoku’o Gbëli
1906 – 1907 Début de l’insurrection des Bété
1911 Octobre : Arrestation et déportation à Zuénoula.
1912 Avril : Mort de Zoku’o Gbëli